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Le Maigret du Canard
Hassan Bouhemou : pourquoi il a rendu son tablier ?
Hassan Bouhemou.
Hassan Bouhemou n’a été ni poussé vers la sortie ni sanctionné pour une quelconque erreur. L’homme veut tout simplement changer d’air, ce qui est légitime. Récit d’un parcours sans-faute.
 
 
C'est naturellement que l’annonce de son départ a fait l’effet d’une secousse tellurique dans le landernau économique. Au point que certains ne voulaient pas croire à la version de la démission de Hassan Bouhemou, s’échinant à soupçonner une disgrâce pour faute grave là où il n’ y a en vérité que la volonté de l’intéressé d’être libéré après treize ans de bons et loyaux services au sein de la Société Nationale d’Investissement (SNI) dont cinq en tant que président. Le souhait de partir, M. Bouhemou l’a formulé il y a plus d’un an, selon un proche, mais il fallait attendre que l’accord soit donné pour que la décision soit officiellement entérinée. Ce qui fut fait lors du conseil d'administration du mardi 30 septembre réuni en session ordinaire qui a désigné comme successeur Hassan Ouriagli, un cadre maison, qui présidait jusque là aux destinées d’Optorg. Le changement dans la continuité. Hassan Bouhemou n’a été ni poussé vers la sortie ni sanctionné pour une quelconque défaillance. L’homme veut tout simplement changer d’air, ce qui est légitime. Après plus d’une décennie au service du premier groupe du royaume, il aspire au changement. Mais c'est avec le sentiment du devoir accompli, qu'il rend son tablier laissant derrière lui un holding structuré et solide. N’est-il pas l’artisan de la plus grande opération de l’histoire économique du pays: la fusion ONA-SNI suivie du retrait de la cote des deux titres, prélude à un désengagement du groupe de ses filiale agro-alimentaires selon un planning minutieusement préparé ? Ce désengagement, contrairement à ce qui a été écrit ici et là, était intervenu, bien avant l’avènement du Printemps Arabe en 2011 (l’annonce en a été faite dans un communiqué daté du 10 avril 2010). C’est sous la super-vision de ce lauréat très brillant de l’école des mines de Paris et l’école Polytechnique que les entreprises agroalimentaires ont été cédées au meilleur prix à un moment où les réserves en devises étaient à leur plus bas historique, ce qui a permis à ces dernières de se reconstituer au grand bonheur des faiseurs des finance du pays. Et puis, il y a la démarche, novatrice à plus d’un titre, qui a prévalu à chaque cession. Plutôt que de se désengager au profitdu premier candidat venu pourvu qu’il soit solvable, M. Bouhemou et ses équipes ont privilégié l’expertise métier du prétendant. Ce fut le cas avec Centrale Laitière, Lesieur, Bimo mais aussi Cosumar. Ce dernier groupe a bénéficié du savoir-faire d’un opérateur étranger leader dans son secteur d’activité et du soutien d’institutionnels marocains de premier plan. Le souci du vendeur étant de s’entourer de toutes les garanties afin de pré-venir en amont tout risque de livrer l’entreprise ainsi cédée à l’aventure. La méthode est novatrice, peu habituelle dans le monde des affaires. Socialement et économiquement responsable, le désengagement à la façon Bouhemou privilégiait dans chacune des filialescédées les salariés qui ont bénéficié d’une prime de cession. Sans tambour ni trompettes. Hassan Bouhemou, doté d’une fibre sociale, tenait fortement à ce que le personnel touche les dividendes des transactions.
 
Message
 
Ce processus de fusion et les cessions auquel il a donné lieu a surtout favorisé l’émergence d’un grand ensemble apaisé à l’image d’ailleurs de son artisan. Finies les passions charriées régulièrement par l’ONA du temps de sa cotation en bourse où la moindre de ses opérations fut-elle positive donnait lieu à des commentaires médiatiques exacerbées. Aujourd’hui, la SNI est repositionné en tant qu’actionnaire professionnel centré sur des métiers créateurs de valeur comme les énergies renouvelables et les télécoms. A propos de cette dernière activité, Hassan Bouhemou a réussi le sauvetage d’Inwi en persuadant le consortium koweïtien Al Ajial-Zaïn d’injecter en mars 2009 la bagatelle de 2,85 milliards de dH dans le capital de l’opérateur, sans que le nouvel actionnaire ne prenne les commandes du management. Evidemment, les réussites de la SNI ont été souvent accomplies dans l’adversité. Certains esprits malveillants ont tenté de chahuter, voire discréditer l’action de son président. C’est le cas d’un site d’information français qui a relayé des allégations à son encontre portées par l’ex-patron de Taqa. S’estimant diffamé, M. Bouhemou a porté plainte devant la justice française en demandant l’euro symbolique en guise de dommages et intérêts. Le plaignant obtiendra gain de cause le 19 novembre 2011. Peu connu du grand public mais réputé chez les opérateurs économiques pour son efficacité managériale, Hassan Bouhemou est apprécié pour sa courtoisie et son affabilité. Les présidences à vie ne sont ni dans son tempérament ni dans la culture du nouveau règne. Un message fort en direction de ceux qui fournissent une énergie intense à s’accrocher à leurs postes et refusent de passer le témoin tout en organisant le vide autour d'eux. La SNI ne mange pas de ce pain-là. Ici l'alternance a droit de cité...
 
 
Abdellah CHANKOU

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