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Edito
Au-delà du RSU
Les pouvoirs publics ont mis un sacré temps pour comprendre la nécessité d’un fichier national de la pauvreté afin de mettre de l’ordre et de l’efficience dans les différents dispositifs d’aide au profit de la laissés-pour-compte et autre personne à besoins spécifiques. Dans son discours du Trône du 29 juillet 2018, S.M le Roi Mohammed VI a appelé le gouvernement à plancher sur la mise en place du « Registre Social Unique» (RSU), un outil d’enregistrement des familles nécessiteuses, histoire « d’induire un accroissement progressif du rendement des programmes sociaux, à court et à moyen terme ». Il n’est pas en effet normal comme le souverain en ait fait le reproche de manière directe « que plus de cent programmes de soutien et de protection sociale, de différents formats et se voyant affecter des dizaines de milliards de dirhams, soient éparpillés entre plusieurs départements ministériels et de multiples intervenants publics ». La multiplicité des acteurs pour un seul programme et l’absence de coordination entre ces derniers représentent à coup à coup sûr l’une des principales sources des mille et un dysfonctionnements qui minent la gouvernance dans ce pays. Une situation hautement préjudiciable, coûteuse en temps, en énergie et en deniers publics, qui engendre en plus un autre mal non moins terrible : la dilution des responsabilités du fait de leur imbrication. Résultat : Personne n’est responsable de la gabegie et des dérives à maintes reprises débusquées par la Cour des comptes. « Pourtant, J’ai le sentiment que quelque chose continue à nous faire défaut en matière sociale », avait ajouté le chef de l’Etat dans son discours. Il est certain qu’une meilleure convergence des politiques de cohésion sociale par l’usage d’une approche scientifique conduirait à une lutte efficace contre la pauvreté et à une réduction notable des disparités de classe. Dans un tel contexte plus ordonné qu’il ne n’est aujourd’hui, la Caisse de compensation, cette tirelire étatique généreuse qui subventionne tout le monde, le riche plus que le pauvre, n’a évidemment pas de place. Il paraît que le gouvernement Al Othmani a décidé de s’inspirer de l’exemple indien, un dispositif baptisé Aqdhaar pour l’élaboration du fameux RSU visant un meilleur ciblage de la population candidate à l’aide sociale sous ses formes. Mais pourquoi aller très loin pour dénicher un modèle étranger alors que le Maroc peut créer le sien en tenant compte de ses propres réalités sociales ? Justement, la carte du Ramed, qui a permis de déterminer les populations défavorisées éligibles à la gratuité des soins médicaux, a déjà facilité le gros du travail d’identification. Il suffit juste d’améliorer encore plus cet outil en élaborant des cartes à puces, technologie très courante aujourd’hui, susceptibles de contenir de nouvelles informations sur les ménages concernés (nombre d’enfants, leur statut social (étudiant, chômeur…), profession du père et de la mère, etc.) dans l’optique d’un accompagnement continu de leur situation sociale et d’identification de leurs besoins. L’objectif étant d’aller au-delà de cette vision « khobziste » de la caisse de compensation pour faire bénéficier les nécessiteux de services autrement plus utiles et décisifs liés à l’éducation des enfants et à la lutte efficace contre l’érosion du pouvoir d’achat du grand nombre. Grâce à ce fichier central de la pauvreté qu’il s’agit de mettre régulièrement à jour, il serait loisible d’agir directement sur les déficits sociaux par le biais de politiques publiques ciblées et plus ambitieuses au profit des couches démunies dans des secteurs décisifs pour leur avenir et celui de leur progéniture. Un tel programme, qui peut être confié à une nouvelle agence placée sous la tutelle de l’INDH, doit par souci d’efficience échapper aux considérations partisanes et aux marchandages électoralistes qui ont dévoyé beaucoup de bonnes initiatives dans ce pays. Si la sauvegarde de la cohésion sociale et son renforcement sont à ce prix, une meilleure gouvernance est celle bien entendu qui réduit les écarts sociaux qui produisent toutes les dérives. En ces temps de défaitisme généralisé et de Moroccan bashing véhiculés à jet continu sur les réseaux sociaux, il est urgent de changer de politique. Et surtout d’agir sur les raisons de ce malaise social qui va crescendo.
 
Abdellah CHANKOU

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