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Edito
Sale temps pour les vaches à lait
Au Maroc, les responsables donnent de plus en plus l’impression d’avoir perdu la main face à la toute-puissance des réseaux sociaux. Ce sont les facebookeurs allumés par les officines locales profitant à fond de l’anonymat du Net pour les manipuler comme ils veulent qui mènent la danse. Insensible aux arguments de bon sens mais très facilement manipulable, cette masse connectée, tous les partis en mal d’audience cherchent à la courtiser en défendant ses revendications, à commencer par l’Istiqlal qui voyant là l’occasion de rebondir politiquement est allé jusqu’à proposer une loi de finances rectificative censée apaiser un climat social très tendu. Mais le plus grave dans l’affaire c’est que le non moins virtuel Premier ministre Al Othmani semble ne pas bien saisir les objectifs inavoués de ce mystérieux mouvement de boycott qui sous couvert de dénonciation de la vie chère est en train de déraper gravement en prenant l’allure d’un acte de sabotage du tissu productif national. Là où il était censé annoncer des mesures ferme contre les initiateurs plus ou moins anonymes de cette campagne de destruction massive (les pages à l’origine du boycott étant domiciliés sous de faux profils au Canada, Bré- sil et au Japon) avec l’air de celui qui ne s’en laisse pas conter et qui est déterminé à protéger le pays et son économie contre les fauteurs de trouble revanchards , le patron des islamistes déclare bizarrement «comprendre les revendications des jeunes de Facebook». A côté de la plaque. Sauf à vouloir faire preuve de duplicité, coutumière aux islamistes, l’attitude de Al Othmani est pour le moins étonnante. Un Premier ministre avisé ne devrait pas dire ça. Encore moins cautionner un communiqué où l’exécutif qu’il dirige supplie presque les boycotteurs de cesser leur désamour envers Centrale Danone en les invitant à «apprécier la situation à sa juste valeur et à éviter davantage de dommages pour les agriculteurs, le secteur agricole et l'investissement national en géné- ral», tout en omettant de mentionner les deux autres entreprises nationales, les Eaux Miné- rales d’Oulmès et Afriquia, visées par le même boycott. Il est tellement effrayé par la menace sérieuse que fait peser le mouvement de boycott sur la filière du lait qui fait vivre plusieurs milliers de fellahs et de familles dans le monde rural qu’il a oublié d’avoir une pensée pour les deux entreprises tout aussi pénalisées par le boycott. Cette négligence lui a valu ce procès d’intention : celui de ne se soucier que de l’avenir d’une entreprise française et pas de celui des deux autres sociétés 100% marocaines. En licenciant près de 900 intérimaires et en réduisant presque d’un tiers sa collecte du lait auprès des éleveurs, Centrale Danone a refilé la patate chaude au gouvernement. Le boycott n’est plus son problème. En se prolongeant au-delà du raisonnable, il est devenu aussi et surtout celui du gouvernement qui se retrouve avec un gros problème social sur les bras autrement plus sensible à ses yeux que celui du carburant ou l’eau de source. Bien main celui qui peut prévoir l’issue de ce mouvement ou comment ce gouvernement très fort quand il s’agit de multiplier les sorties malheureuses et hasardeuses pourrait apprivoiser ce mouvement de très méchante humeur bien parti pour se radicaliser et freiner une dynamique maléfique qui risque de s’étendre à d’autres secteurs. Le festival Mawazine que les islamistes au pouvoir ont naguère vertement critiqué est déjà dans le viseur des boycotteurs. Difficile de ne pas déceler dans cette radicalisation de la société la responsabilité morale directe ou indirecte des islamistes et de leurs discours nourris au populisme ravageur.
Abdellah CHANKOU

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