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Confus de Canard
La révolte des nouveaux pauvres
On a désormais la confirmation de ce que nous avons été les premiers à écrire au Canard : la campagne de boycott des produits de grands groupes marocains (Afriquia, Les Eaux minérales d’Oulmès et Centrale Danone) n’est qu’une action de manipulation des esprits dont les initiateurs ont instrumentalisé la colère sociale des couches mal loties pour discréditer Aziz Akhannouch, moins l’opé- rateur économique que l’homme politique. C’est lui et son projet politique construit en tant que leader du RNI qui était pris pour cible par ceux qui ne voulaient pas le voir prendre la tête du gouvernement en 2021. Il s’agit des brigades électroniques dévouées à Abdelilah Benkirane dont il reste à prouver qu’il est le commanditaire direct de cette kabbale anti-Akhannouch, déguisée en révolte contre la cherté des produits mis en cause. Mais, ont-ils vraiment besoin d’un signal explicite de celui qui, souvenez-vous, avait riposté à la dynamique Akhannouch devant les congressistes de la Jeunesses islamiste organisé en février 2018, en s’interrogeant non sans ironie sur la « voyante » qui aurait prédit au leader du RNI la victoire lors des législatives de 2021, tout en le mettant en garde contre le mélange de la fortune et du pouvoir ? Les propos de l’ex-secrétaire général du PJD ont fait florès dans les médias et provoqué une méchante crise politique au sein de la majorité gouvernementale. Ce sont ces éléments de la rhétorique benkiranienne à tout ce qui ne ressemble pas à une caricature islamiste, accompagnés souvent d’attaques personnelles, qui ont été ensuite développés contre Aziz Akhannouch sur les réseaux sociaux bien avant le fameux appel au boycott. Celui-ci n’est que le point d’orgue, l’aboutissement de cette musique anti-patron du RNI qui est montée crescendo, diffusée comme un poison sur Internet. C’est tout, sauf un travail d’amateurs. Nous sommes face à une grosse machine qui a mobilisé des moyens colossaux, fournissant du travail à jet continu contre un seul homme à tous les corps de métiers d’une superproduction de la haine virtuelle : scénaristes, rédacteurs, cameraman, spécialistes du montage et surtout du photomontage. Tous ont été recrutés pour livrer du anti-Akhannouch à toutes les sauces assaisonnées à la diffamation, l’affabulation et l’injure. Il serait intéressant de connaître l’identité de ceux qui alimentent en sous-main le tiroir-caisse de cette casse… Au fait, savez-vous que les pages les pages Facebook à l’origine du boycott ont été domiciliés à l’étranger, au Canada et au Brésil et que les meneurs de cette entreprise malveillante sans précédent se sont inscrits sous de faux profils ? Donc, tout est faux dans cette histoire : les objectifs proclamés et les noms des instigateurs. Seuls étaient vrais les groupes de boycotteurs qui ont suivi le mouvement pour exprimer leur exaspération face à la vie chère après avoir été abreuvés virtuellement jusqu’à l’overdose de fake news sur un supposé monopole des entreprises boycottées dans leurs secteurs d’activité. Facilement chauffés à blanc, les vrais boycotteurs ont été présentés comme issus de la classe moyenne. Mais de quelle classe moyenne s’agit-il puisqu’il y en a plusieurs selon une étude du HCP de Ahmed Lahlimi ? Certainement pas la classe moyenne supérieure dont le revenu permet de joindre les deux bouts. Mais ce que le Canard appelle les nouveaux pauvres, ceux qui vivant en couple dans l’axe Rabat-Casa avec un ou deux enfants à charge touchent un revenu de moins de 20.000 DH. Ils sont cadres moyens ou fonctionnaires, âgés entre 35 et 40 ans, plus ou moins politisés, produits pour la plupart de l’arabisation et fortement fiscalisés. Paupérisée, cette catégorie sociale de plus en plus nombreuse subit de plein fouet la vie chère. Après avoir payé toutes ses traites mensuelles (logement, voiture, école des enfants) et autres taxes, elle ne lui reste pas grand-chose pour vivre. Quant aux pauvres de toujours, ils ont longtemps appris à survivre en conjuguant système D'assistanat et solidarité familiale. Ceux-là sont des boycotteurs d’office d’une flopée de produis et services dont ils n’ont pas les moyens et se battent juste pour assurer le strict minimum. Lors de sa prestation mensuelle devant le Parlement, Saad Eddine Al Othmani a dit comprendre « la jeunesse de Facebook dont il soutient la lutte contre la rente et la prévarication». Après avoir longtemps observé le silence face à la campagne de boycott, le Premier ministre tente de faire de la récupération politique sans poser les problèmes de fond et les fonds du problème. Il faut beaucoup plus que des petites envolées démagogiques pour s’attaquer à l’appauvrissement aggravé d’une bonne partie de la population active. Les mesures d’urgence doivent prendre deux directions : agir pour remettre du pouvoir d’achat dans le panier de la ménagère et légiférer pour introduire de la transparence et de la responsabilité dans les réseaux sociaux. Et ce n’est certainement pas en continuant à regarder ailleurs tout en ayant urne dans la tête alors que le pays est en ébullition, que la société renouera avec l’apaisement social. n
 
 
Abdellah CHANKOU

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