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Ouac-Ouac
Les principaux profiteurs de la libéralisation
Le rapport parlementaire sur les hydrocarbures qui a fuité dans les médias bien avant sa discussion en commission des Finances de la première Chambre mardi 15 mai, ressemble à une auberge espagnole. Tout le monde y trouve son compte. Les contempteurs de la pression fiscale qui expliquent la supposée cherté des produits pétroliers au Maroc par leur surtaxation, TIC et TVA en particulier dont les recettes s’élèvent à plusieurs dizaines de milliards de DH. Et puis il y a ceux qui ont fait une lecture populiste de ce rapport largement médiatisé et commenté à l’image de l’ex-ministre du Budget Driss Azami Idrissi qui déclaré sans ciller : « Après la libération des prix [du carburant], s'est posée la problématique des marges. Le secteur a doublé ses bénéfices et le consommateur n'en a pas profité. C'est inacceptable ». M. Azami qui apprend vite parle comme son mentor : Abdelilah Benkirane. C’est à peine s’il ne prend ouvertement pas fait et cause pour la campagne du boycott. C’est au gouvernement de Benkirane que l’on doit la décision hasardeuse de libéraliser les prix des carburants. Le chef du groupe parlementaire du PJD dit assumer fièrement ce choix tout en reconnaissant que l’Etat en est le principal bénéficiaire. Là où il n’est pas convaincant, c’est lorsqu’il affirme que les économies dégagées au titre de la décompensation ont été investies dans les secteurs sociaux. Sans dire lesquels. En fait, il n’y en a pas. La seule action sociale à l’actif de M. Benkirane dans ce domaine aura été la création d’un fonds de soutien direct aux veuves en situation de précarité (plafonnée à 1050 DH par mois) qu’il avait défendu bec et ongles. Difficile de ne pas voir dans ce projet encourageant l’assistanat au lieu de l’effort une opération d’autant plus électoraliste qu’elle coïncidait avec les élections législatives de 2016 qui ont de nouveau consacré le PJD première force politique du pays. Autrement dit, une partie de l’excédent dégagé par la suppression de la subvention des carburants a permis aux islamistes de carburer aux élections. Le seul résultat obtenu l’aura été au bénéfice de la formation de Benkirane. Subventionner une base préalablement définie et identifiée de 300.000 veuves est politiquement beaucoup plus rentable que de laisser le robinet de la subvention des carburants ouvert pour l’ensemble de la population motorisée. Autre grand profiteur de la libéralisation n’est autre que Total Maroc, le numéro 3 du marché, qui a triplé ses bénéfices après la libéralisation. Un communiqué de l’entreprise n’a-t-il pas fait état d’un excellent premier semestre 2017 avec un bénéfice dépassant les 480 millions de DH ? Cette belle performance a été certainement réalisée aux dépens du consommateur. Pour désamorcer ce psychodrame national sur les prix des carburants à la pompe, le PJD recommande un retour à un dispositif de prix plafonnés. Cette proposition d’encadrement des prix à la pompe est un aveu de l’échec de la politique libéralisation du marché des hydrocarbures adoptée par le gouvernement Benkirane. Dans un pays non producteur de pétrole et où le pouvoir d’achat s’érode de jour en jour, cette décision est socialement intenable. Certes, la décompensation a été mise en œuvre dans un contexte de baisse des cours du pétrole à l’international. Mais le marché étant loin d’être figé, rien ne garantissait que ces derniers n’allassent pas de nouveau reprendre leur envolée. Pour preuve, le prix du baril qui était à 27 dollars début 2016 affiche aujourd’hui 78 dollars. Ce qui indique que les cours de l’or noir sont sur un trend haussier. Imaginons le scénario suivant : le pétrole retrouve ses niveaux de hausse historique qui ont dépassé la barre des 130 dollars. Pour le Marocain, ce sera un gigantesque coup de pompe…
 
 
 

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