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Confus de Canard
Les fake news font la loi
Il a fallu près de deux semaines pour que le gouvernement Al Othmani sorte de son silence dans l’affaire du boycott des produits de trois entreprises marocaines. Quand il a décidé enfin de communiquer c’est dans le cafouillage total qu’il le fait en attisant en plus la colère des internautes adeptes du boycott en raison du propos de son porte-parole Mustapha El Khalfi lors du traditionnel point de presse tenu à l’issue de la réunion du dernier conseil du gouvernement. M. El Khalfi a menacé de poursuites judiciaires « les boycotteurs propageant de fausses informations préjudiciables à l'économie nationale ». Le ministre islamiste ne voulait certainement pas dire ça mais il a dû mal s’exprimer sur un sujet sensible et de haute importance. Ce qui est impardonnable pour un porte-parole gouvernement censé énoncer les problèmes avec clarté pour éviter d’ajouter l’huile sur le feu. Il aurait fallu que M. El Khalfi s’attaque dans sa sortie au phénomène des fake news, les fausses nouvelles, et aux plate-forme électroniques anonymes qui les inventent pour abuser de la naïveté et de l’ignorance de bataillons d’esprits non avertis connectés aux réseaux sociaux… Ceux-là sont victimes de cette propagande mensongère, qui est à la base une opération de déstabilisation politique (Voir le Canard Libéré n°521), qui décuplé par la puissance du web a porté un coup sérieux au business et à l’image des entreprises Centrale Danone, Afriquia et les Eaux minérales d’Oulmès. Phénomène mondial, les fake news pourrissent la vie politique de nombre de pays occidentaux et servent à salir la réputation de certaines personnalités qui dérangent. Alors qu’il est candidat à la présidentielle française, Emmanuel Macron n’a-til pas été visé en pleine campagne par de fausses nouvelles véhiculées selon lui par deux médias électroniques russes ? Objectif inavoué de ces calomnies par voie numérique : le discréditer aux yeux des électeurs pour l’empêcher d’accéder à l’Elysée. La campagne de boycott à la marocaine est de la même essence puisqu’elle n’est en vérité qu’une arme dirigée contre un seul homme : Aziz Akhannouch. Moins l’opérateur économique propriétaire des stations d’essence Afriquia que l’homme politique qui dirige un parti, en l’occurrence le RNI. Un parti qu’il a efficacement restructuré depuis qu’il a été élu à sa tête pour en faire une machine de conquête du pouvoir en 2021. La création de fausses nouvelles sur les prix des produits des trois entreprises boycottées en les diffusant massivement sur les réseaux sociaux a servi d’habillage à cette opération anti-Akhannouch fomentée et entretenue par les brigades électroniques dévouées à Benkirane. Faut-il se résigner devant ce qui ressemble à l’une des armes destructrices d’une guerre virtuelle fé- roce au risque d’encourager, voire de dorer ce fléau ravageur dont tout un chacun a pu mesurer les conséquences néfastes sur l’économie nationale et la vie de la nation ? Ou bien il faudrait prendre le problème à bras-le-corps pour faire pièce par la force de la loi aux menées de ces manipulateurs de la réalité ? Touché directement dans son honneur et sa dignité par les fake News dont il connaît les dangers sur la démocratie, M. Macron a fait de la lutte contre ce phénomène une grande priorité. D’où le projet de loi «de fiabilité et de confiance de l’information» concocté par le gouvernement visant à dépoussiérer l’arsenal juridique existant pour l’adapter à l’ère numérique. L’exécutif marocain, qui ne peut pas rester les bras croisés devant la menace de fake news, doit à son tour agir pour fixer un cadre juridique contraignant pour le Net soumettre les usagers de la toile même si dans un univers aussi mouvant que complexe, la tentation de légiférer est un exercice périlleux. Le délit de fausse nouvelle existe déjà pour la presse écrite qui est responsable du contenu de ce qu’elle publie devant la justice. Le même délit doit pouvoir exister pour ceux qui inventent ou véhiculent l’intox sur Internet. Soit l’Etat prend l’initiative de soumettre les contenus virtuels à la loi soit ce sont les fake news qui à défaut feront la loi.
 
 
Abdellah CHANKOU

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