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Le Maigret du Canard
La campagne de boycott vire au grand n’importe quoi
Shell et Total continuent à faire le plein d’automobilistes alors qu’ils sont plus chers que Afriquia ! Vous avez dit bizarre ? Non déraisonnable à tout point de vue. La défense du consommateur ? Non, l’autodéfonce de son propre pouvoir d’achat !
 
ux gens qui ne trouvent nulle cohérence dans la campagne de boycott qui s’interrogent sur le pourquoi du ciblage des trois compagnies (Eaux Minérales d’Oulmès, Centrale Danone et Afriquia) et pas les autres concurrents, les boycotteurs relaient volontiers cette explication : L’appel au boycott a pris pour cible les leaders du marché pour obtenir sous la pression une baisse des prix de vente au public des produits concernés (les carburants, l’eau minérale et le lait frais) commercialisés par toutes les entreprises de chacun des secteurs. Soit. Amen. Or, force est de constater que trois semaines environ après le démarrage de cette campagne mystérieuse, le 20 avril, les tarifs des matières en question n’ont pas connu la moindre réduction. Y compris chez les enseignes qui ont profité du fromage du boycott, notamment les distributeurs du carburant Shell et Total dont les prix à la pompe sont plus élevés que ceux de Afriquia. Mieux, ces deux compagnies pétrolières étrangères, ayant compris que le consommateur du cru est tellement chauffé virtuellement à blanc contre Afriquia qu’il ne fait même pas attention au prix (très élevé) du litre qu’il paie, ont malicieusement exploité cette situation irrationnelle pour augmenter en douce leurs tarifs dans les stations-service. Même topo chez la société Copag qui produit le lait frais sous la marque Jaouda vendu toujours comme celui de Centrale à 3.50 DH le demi-litre dans le commerce. Là aussi, aucune baisse de prix n’a été enregistrée chez Copag qui reste contre toute logique le principal bénéficiaire de l’aubaine de la mise à l’index de son concurrent. Vous avez dit bizarre? Non déraisonnable à tout point de vue. Le grand délire. Du jamais vu dans les annales des actions de boycott qui ont eu lieu sous d’autres cieux ! Est-il cohérent de continuer à s’approvisionner dans les stations-service qui mettent le feu aux prix alors que le mouvement de boycott était censé provoquer une baisse des tarifs jugés anormalement élevés, pratiqués par les distributeurs accusés d’avoir profité de la libéralisation pour gonfler leurs marges ? C’est la prime au plus cher qui se permet en plus d’augmenter ses prix. C’est lui qui a bizarrement la cote et fait le plein d’automobilistes ! C’est le monde à l’envers. La défense du consommateur ? Non, la défonce de son pouvoir d’achat ! Incroyable mais vrai. A quoi rime ce mouvement qui est en train, sous couvert de la vie chère, de pénaliser gravement plus de 120.000 éleveurs laitiers partenaires de Centrale Danone et de condamner au chômage technique près de 6.000 ouvriers des usines de l’entreprise ? L’objectif des boycotteurs est-il de porter atteinte au gagne-pain de leurs compatriotes tout aussi moins lotis qu’eux ?!
 
Qualité
 
La même préoccupation concerne les Eaux Minérales d’Oulmès dont les dirigeants ont décidé dans une grande démarche de transparence de contre-attaquer en organisant une vaste opération de communication sur les réseaux sociaux. Pourquoi vouloir imposer à l’eau minérale Sidi Ali le même prix que la concurrence alors que la qualité varie d’une marque à une autre tout comme les charges d’exploitation ? Le Marocain est-il à ce point facilement manipulable jusqu’au point de lui faire prendre par une opération de lavage du cerveau le plus cher pour le moins cher et de ne pas comprendre que la qualité a un prix ? Est-il à ce point dépourvu du sens de discernement pour ne pas réaliser qu’il a été embarqué sous des arguments fallacieux dans une pseudo opération de dénonciation de la vie chère ? Plus les jours passent, plus l’on constate l’incohérence de la mise à l’index des trois entreprises qui commence sérieusement à tourner au grand n’importe quoi. Le hic c’est que cette œuvre de manipulation flagrante, préjudiciable à l’image des sociétés en question et du pays ne risque même pas de revenir en boomerang à la figure de ses initiateurs. Ces derniers, se recrutant dans l’aile du PJD de Benkirane, sont tapis dans l’ombre et se cachent derrière l’anonymat du virtuel et des faux comptes. Mais une enquête s’impose plus que jamais pour identifier avec précision les concepteurs et les financiers de la plus grosse opération de manipulation du consommateur marocain pour atteindre à coups de calomnies et de fake news des objectifs politiques inavoués.( Voir Canard Libéré n° 521, pp.6-7). A qui profite le crime ? La réponse coule de source…

Sidi Ali sous pression fiscale

Dans un long communiqué rendu public mercredi 9 mai , la direction des Eaux Minérales d’Oulmès a joué carte sur table en révélant un certain nombre d’éléments et de chiffres dont la lourde charge fiscale qui pèse sur l’activité de la société et qui a atteint en 2017 la bagatelle plus de 650 millions de DH au titre du paiement de la TVA, la redevance d’exploitation de la source, la Taxe Intérieure de consommation (TIC), les écotaxe, frais de marquage fiscal et divers autres impôts et taxes. Résultat : Après déduction de différentes charges (distribution et marges détaillants, matières premières et consommables, charge de transport, logistique, amortissements des équipements, charges du personnel et autres frais externes), la marge réalisée sur Sidi Ali ressort à 7%, soit 40 centimes par bouteille de 1,5L. Ce qui est très raisonnable. Cela dit, une baisse du prix de la bouteille est envisageable si l’Etat accepte comme le suggère la direction dans son communiqué de revoir à la baisse la fiscalité imposée à l’exploitation des eaux miné- rales et de source. S’agissant du prix de vente au public (5 DH en grande surface et de 5,50 DH chez le détaillant pour la bouteille d’1,5 L), il est sujet à augmentation d’un point de vente à un autre surtout que la loi 06- 99 sur la liberté des prix et de la concurrence permet aux commerçants de fixer eux-mêmes le prix de vente final. Et puis la qualité a un prix, sans compter que l’eau minérale n’est pas un produit de première nécessité. Toutes ces considé- rations mises à part, ceux qui trouvent que Sidi Ali est cher n’ont qu’à se désaltérer avec l’eau du robinet.
 
 
Jamil MANAR

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