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Le Maigret du Canard
Révolte dans l’air
 Depuis plusieurs années, les habitants de Kenitra sont aux prises avec une pollution atmosphérique insidieuse qui menace leur santé. Pour toute réaction, les responsables ont pris des mesures poudre aux yeux… 

Depuis plus de trois ans et demi, les habitants de la capitale du Gharb, Kenitra, vivent avec une drôle de chose au-dessus de la tête. Un nuage de fumée noire qui leur empoisonne la vie  en leur faisant craindre des maladies respiratoires. Pour se protéger contre ces fines particules dangereuses présentées comme cancérigènes par certaines sources, plusieurs centaines de Kénitris ont décidé de se couvrir le nez avec un masque de protection médicale qui leur tient office d’un  masque antipollution en bonne et due forme. Mais d’ou  vient  ce léger  brouillard inquiétant pouvant être néfaste pour la santé ?  La population locale  soupçonne certaines unités industrielles implantées dans la banlieue de la ville, surtout celles qui sont spécialisées dans l’incinération des pneus usagés, d’être à l’origine de cette pollution. Depuis  son apparition en 2014, le nombre de cas d’asthme et d’infections pulmonaires aurait explosé, ce qui laisse supposer l’existence d’un cause à effet, confirmée par une enquête commandée sous la pression continue de l’opinion locale au début de cette année par les autorités locales. Après analyse d’un échantillon, le laboratoire d’analyses  a conclu à la mauvaise  qualité de l’air inhalé par les habitants vivant à proximité de la zone industrielle. Mais en même temps, la ministre de l’Environnement de l’époque, Hakima El Haité, s’est montrée rassurante en indiquant que l’air est propre dans le reste de la ville, sans aller jusqu’à prendre les mesures légales qui s’imposent à l’encontre des industries à l’origine de cette catastrophe. Alors qu’elle n’est plus ministre, le problème reste toujours posé ! Voilà des responsables qui ne manquent pas d’air !  Après plusieurs années d’atermoiements, de promesses non tenues et d’écran de fumée, les autorités locales et élues ont déclenché un grand plan d’urgence: la réunionite. Avec comme objectif premier non pas de trouver une solution à ce problème sérieux mais de rassurer les habitants qu’il s’agissait à coups de discours lénifiants de dissuader de poursuivre leurs manifestations. Dans un pays où la peur des mouvements  de foule reste vive- la révolte de El Hoceïma est là pour la renforcer-éviter que les citoyens battent le pavé avec tout ce que cela comporte comme risque de dérapages est la seule préoccupation des autorités.  On dirait que la COP 22 de Marrakech avec ses belles envolées écologiques n’est pas passé par Kenitra !

Face à ce laxisme sous-entendu par des arrière-pensées sécuritaires, la société civile locale a décidé de hausser le ton et de durcir son mouvement.  Plus qu’un sujet de mécontentement, cette pollution atmosphérique infligée aux habitants est en train de les tuer de manière insidieuse et silencieuse. 

Contamination

La mobilisation citoyenne a porté ses fruits puisque  le Secrétariat d'État chargé du Développement durable (SEDD) a été acculé à prendre une série de mesures censée réduire la propagation du phénomène de la poussière noire.

La première et principale mesure consiste en la mise à disposition depuis le 2 novembre 2017 des autorités locales d’une unité mobile de surveillance de la qualité de l’air, relevant du laboratoire national des études et de surveillance de la pollution (LNESP). Or, des échantillons de l’air de Kenitra ont été soumis à analyse à deux reprises, concluant à chaque fois à la contamination de l’atmosphère de la ville. Tout se passe comme s’il  fallait une vingtaine d’enquête avant d’aboutir au fait que la poussière noire est nocive et  à la nécessite d’agir par un dispositif concret. La deuxième mesure se décline sous forme de la  présentation d’un rapport détaillé d’ici la fin du mois de novembre au comité technique régional permanent pour le suivi de la qualité de l’air pour prendre les décisions adéquates conformément à la loi. En attendant, cette dernière continue à être piétinée par les pollueurs! La troisième mesure prise par le SEDD est époustouflante :  l’organisation les 24, 26 et 31 octobre derniers d’une énième campagne de visites de contrôle des unités industrielles opérant dans le zone incriminée pour vérifier leur conformité avec les normes environnementales.

Autre décision prise par le SEDD, l’organisation de visites sur le terrain en février et en mars 2017 qui ont concerné 21 usines dont deux centrales électriques. Dans ce sillage, le comité régional a procédé à la réduction de 50% des horaires de travail de ces deux centrales. Cette campagne de contrôle, qui a également  touché  les hammams et les fours de la capitale du Gharb, a-t-elle permis de faire dissiper le nuage de poussière noire et surtout protéger durablement  les habitants de la pollution  atmosphérique ? Le président du conseil de Kenitra Abdelaziz Rabbah, qui a brillé par son absence sur ce dossier de santé publique de ses administrés, saura répondre certainement à cette question très brûlante…

Abdelali Darif Alaoui  

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