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Edito
Très chère francophonie
 Le président français Emmanuel Macron a fait de la romancière franco-marocaine Leïla Slimani sa représentante « personnelle » pour la francophonie.  M. Macron qui affectionne particulièrement la symbolique a choisi le jour de l’attribution du Goncourt 2017, lundi 6 novembre dont notre écrivaine a été la récipiendaire de l’édition 2016 pour la recevoir à l’Elysée. Le profil de cette nouvelle recrue s’insère parfaitement dans l’écurie de la macronie dont le chef privilégie moins l’expérience politique que le talent.  Et la jeune romancière de 36 ans, qui a tapé dans l’œil du couple présidentiel pendant la course à l’Elysée, en a revendre. Les objectifs de la nouvelle mission de l’ambassadrice de Macron sont ambitieux :  Promouvoir la langue de Molière, la diversité culturelle, mobiliser les amis de la France sur des sujets telles que l'égalité entre les deux sexes… Vaste programme, aux allures d’une gageure,  pour une beur qui n’est pas vraiment bien outillée pour porter haut l’étendard de la francophonie dans un monde où l’usage du français recule de plus en plus sous les coups de boutoir de cette mondialisation galopante qui se déploie  essentiellement en anglais.  Classée dixième langue, avec 170 millions de francophones dans le monde contre plus de 500 millions de locuteurs de l'espagnol et du portugais, le français perd partout du terrain au profit d’autres langues jusque dans ses anciennes colonies. Le déclin est incontestable et il se poursuit de plus belle. En cause, la passivité des dirigeants français eux-mêmes qui ne font pas  grand-chose pour défendre son statut  historique de vecteur d’une belle culture et de fenêtre ouverte sur le monde. Pis,  apprendre à parler la langue de Molière est devenu très peu accessible en raison des prix anormalement chers pratiqués par les établissements de l’enseignement français qu’ils soient publics ou privés. Du coup,  seule une infime minorité issue des classes aisées  peut se permettre de payer une fortune que rien ne justifie pour la scolarisation de ses enfants alors que les familles des classes moyennes se saignent aux quatre veines pour économiser un budget hors de portée.

En somme, pour parler français en pays francophone, il faut être fils de milliardaire ou de millionnaire. Un vrai luxe. Un produit très rare. En cédant à cette politique de marchandisation de l’école poussée à l’extrême, la France s’est mise en retrait, limitant sa capacité de projection hors de ses frontières.  Une réalité que reflète parfaitement le recul dans les sociétés francophones de sa propre langue et culture  qui naguère étaient accessibles au plus grand nombre y compris aux fils des moins lotis financièrement. Et c’est cette mixité (des classes où les enfants de riches côtoient ceux des milieux modestes et le fils du chauffeur celui du rejeton de son patron) qui faisait justement la grandeur et la force de la France. Que reste-t-il aujourd’hui de cette égalité devant l’école chère à Jules Ferry  et toujours obligatoire en France ? Pas grand-chose y compris dans les établissements scolaires marocains où l’éducation reçue par les élèves est tributaire du statut social de leurs parents. Aux défavorisés une école publique criblée de maux et aux nantis les enseignes payantes. Ya-t-il  pire injustice que celle qui détermine l’avenir des enfants à leur naissance ? Tout esprit de coopération, tel qu’il se déployait au lendemain des indépendances,  a disparu au fil des ans des programmes éducatifs français au Maroc. Un esprit de coopération que l’Espagne via ses missions espagnoles a su maintenir jusqu’à aujourd’hui en pratiquant des frais de scolarité globalement abordables, trois fois moins chers que ceux de leurs consœurs  françaises.   Que reste-t-il aussi de l’ambition sincère des chefs d’Etat des anciens colonies  comme le Sénégalais Léopold Senghor qui après les indépendances ont émis le souhait de se rassembler au sein d’une organisation francophone pour continuer à faire vivre la proximité culturelle et linguistique avec l’ex-colonisateur ?  Le souvenir d’une ambition sincère qui s’est fracassée sur les récifs d’une crise de vision…

Abdellah CHANKOU

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