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Confus de Canard
Un procès équitable
De prime abord, l’on peut considérer, au vu des verdicts prononcés mercredi dernier par la chambre criminelle de Salé, que la justice a eu la main lourde dans le procès très médiatisé et plein de rebondissements de Gdeim Izik. Un procès qui s’est penché sur des événements dramatiques remontant à novembre 2010 lorsque les forces de l’ordre sont intervenues pour démanteler le camp de Gdeim Izik dressé dans les environs de Laâyoune pour soi-disant contester les conditions socio-économiques déplorables des populations du Sahara marocain. Mais compte tenu de la gravité des faits reprochés aux 25 accusés, assassinat prémédité preuves et images atroces à l’appui de pas moins de 11 membres de forces de l’ordre dont certains ont été égorgés, il est très difficile de contester le bien-fondé de ces jugements qui sont venus clore des péripéties judiciaires houleuses et douloureuses qui ont démarré en 2013 avec les condamnations du tribunal militaire - plus ou moins confirmées par la juridiction de Salé - de deux des mis en cause à deux ans de prison ferme tandis que les 23 autres avaient écopé de peines oscillant entre 20 ans et la perpé- tuité. Les inculpés, leurs familles et nombre d’enseignes droits-de-l’hommistes avaient alors crié au scandale en dénonçant « de graves irrégularités » dans la procédure, tout en soutenant que les aveux des prévenus avaient été arrachés sous la torture. En somme, la technique classique pour tenter de décrédibiliser la justice marocaine et la faire passer pour une institution qui n’est pas indépendante et qui agit sur instructions politiques. Les tribunaux militaires ne pouvant plus faire comparaître des civils en période de paix suite à une réforme de la justice militaire, la Cour de cassation annule la condamnation des 25 inculpés et décide de convoquer un nouveau procès qui s’est ouvert en décembre 2016 devant une juridiction civile. La défense a changé cette fois-ci de stratégie en essayant de politiser les débats. Les avocats des accusés, dont certains sont étrangers, réclament l’application du droit international humanitaire, arguant que le Sahara marocain est un « territoire occupé, annexé illégalement par le Maroc depuis 1975 », et que de ce fait seules sont applicables les conventions de Genève ratifiées par Rabat. Rien que ça ! Tant qu’à dé- lirer pourquoi ne pas demander que le procès soit carrément délocalisé à Tindouf et conduit sous la haute surveillance de la soldatesque algérienne ? Cette échappatoire n’a pas résisté à la force et à la violence des faits immortalisées par des images filmées montrant des éléments des forces de sécurité sauvagement assassinés et des cadavres mutilés et profanés. Des scènes d’horreur à la Stephen King qui ont eu lieu suite à l’action d’évacuation du campement sauvage de Gdeim Izik. Un campement qui sentait à plein nez une opération de manipulation téléguidée dont l’Algésario a le secret. Ces exactions horribles auraient pu être évitées si les protestataires n’avaient pas agi avec l’intention de faire des morts de la manière la plus sauvage. C’est ce que la cour a démontré via le visionnage de ce film monstrueux en analysant la responsabilité individuelle de chacun des mis en cause. Malgré les effets de manche des conseils des accusés qui croyaient pouvoir impressionner les juges avec des mots prononcés à l’emporte pièce comme «torture» ou «Sahara occidental» ou en dénonçant de fausses entraves systématiques au droit de la défense, les juges sont restés imperturbables, menant avec sérénité les débats jusqu’au bout, déterminés à garantir les conditions d’un procès équitable. Impossible toutefois qu’ils restent insensibles aux séquences de massacres qu’ils ont vus, sauf à vouloir faire peu de cas de l’extrême douleur des familles des victimes.
 
 
Abdellah CHANKOU

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