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Canard +
La mariée était trop belle
L’épouse indigne a écopé de 7 mois de prison ferme et le second mari a eu le même châtiment même si l’acte d’accusation diffère d’un compère à l’autre. En tout cas, l’affaire qui a fait les choux gras des gazettes locales est bien insolite : une femme de Marrakech, institutrice de son état, mariée depuis 1996 et qui convole en secondes noces avec un autre quidam en 2016 sans avoir divorcé du premier, ce n’est pas très courant dans un pays où il est plutôt admis que de vénérables messieurs embrochent des épouses à volonté, en prenant soin de ne jamais dépasser le quota autorisé de quatre femmes. Si la femme a été condamnée pour avoir cocufié officiellement son mari, le second époux en a pris pour son grade parce qu’il a grassement payé un intermédiaire, herboriste (barbu) de son état pour fournir à l’épouse indélicate un certificat de célibat qui lui a permis de berner deux pauvres adouls attendris par ce couple jeune dont les partenaires se sont dit oui après tant d’années de vaches maigres. On peut imaginer parfaitement la mine défaite des deux adouls en apprenant que ces deux là, étaient en fait de faux tourtereaux mais de véritables escrocs. Et pour cause, ce n’est pas tous les jours que la polyandrie, pratique en quasi disparition dans des contrées éloignées, est remise au goût du jour et dans quel pays ? La patrie de Abdelillah Benkirane, le pays où la polygamie a encore de beaux jours devant elle. Mustapha Ramid devrait en prendre de la graine, lui qui pratique la polygamie doit un jour expliquer le sentiment profond d’une femme qui sait que son mari « couche » officiellement avec sa rivale. Au delà des textes religieux, la polygamie s’est justifiée, à travers l’histoire, par plusieurs phénomènes : les guerres qui réduisaient de manière massive le nombre d’hommes en âge de se marier dans un pays ; l’exercice par les hommes de métiers dangereux qui s’accompagnent d’accidents mortels et le besoin impé- rieux de prendre en charge une multitude d’orphelins. Le verset coranique 3 de la sourate an-Nissa conditionne d’ailleurs l’autorisation à épouser jusqu’à 4 femmes à la fois, à l’obligation de les traiter avec équité et de subvenir de manière égalitaire à leurs besoins matériels. Ce qui est impossible selon la parole divine. Dans ces conditions, une seule épouse suffit, ajoute la même sourate. Quant au verset coranique 129 de la sourate an-Nissa, qui stipule que les hommes ne seront pas capables de traiter leurs épouses avec équité, beaucoup d’exégètes l’ont interprété comme remettant en cause la pratique de la polygamie. Donc, si l’on prend en considération les deux versets à la fois, et si l’on en tire la conclusion que la polygamie est interdite en Islam, on n’aurait pas tort.
 
Polygamie
 
Mais ce que Ramid et ses camarades oublient, c’est que la pratique de la polygamie fait des ravages au sein de la société marocaine puisque les hommes ne respectent pas les prescriptions coraniques qui doivent conditionner leur comportement en famille, ne retenant de la polygamie que la multiplication des plaisirs charnels, sans se soucier des effets pervers de cette pratique qui rongen pernicieusement le tissu familial et social. Sous les pression des féministes et de quelques esprits éclairés, le Maroc a bien tenté de remettre en cause la polygamie notamment sur le plan juridique du fait qu’elle génère plus de mal que de bien. Mais cette volonté réformatrice s’est heurtée au poids des conservatismes et des mentalités rétives à tout changement. Malgré la mise en place d’une fatwa qui s’est concrétisée par une loi en 2004 censée limiter sérieusement les mariages polygames, ils sont au moins un millier par an à continuer à privilégier la pré- sence de plusieurs douces moitiés sous le même toit. Les chiffres qui avaient été gracieusement communiqués par les services de Mustapha Ramid, du temps où il était ministre de la Justice, fait état de 952 mariages polygames sur les 301 746 mariages contractés en 2015, alors qu’on en comptait 868 en 2014 sur 312 495 unions. De ces statistiques sont exclues des milliers de mariages contractés dans le cadre de l’article 16 du Code de la famille de 2004 (reconnaissance des mariages établis sans acte) qui permet de contourner la loi et d’éviter la procédure normale prévue dans l’article 42 du même code. Pourtant, sur les conditions exigées par la loi de 2004 pour pouvoir contracter un mariage polygame, il est clairement stipulé que « la demande doit indiquer les motifs objectifs exceptionnels justifiant la polygamie et doit être assortie d’une déclaration sur la situation matérielle du demandeur» et la première épouse doit donner son accord et en cas de refus, elle peut demander le divorce, du moins en théorie. Pour contourner l’augmentation du nombre de divorces, la procédure a été assouplie sous le mandat du ministre polygame puisqu’aujourd’hui, le refus de la première femme n’est plus un facteur de blocage. Pour revenir à notre Ramid, des ONG contestent le choix de lui avoir confié le dé- partement des droits de l’homme, en arguant que son statut de polygame est en contradiction avec sa nouvelle fonction puisque les droits de l’homme englobent aussi «des droits de femmes». Autant reprocher à Rachid Talbi Alami le fait d’avoir été nommé ministre de la Jeunesse et des Sports alors qu’il n’a jamais tapé sur un ballon ou un à Nabil Benadellah de ne pas manier la truelle et de préférer les ambiances feutrées des hôtels de luxe aux échafaudages de chantiers de construction alors qu’il est en charge du département l’habitat
 
 

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