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Confus de Canard
La pensée suspecte
La philosophie est-elle "dégénérescence"? Le ministère de l'Education nationale a tâché d'éteindre la grande controverse née de la publication de nouveaux manuels scolaires d'éducation islamique. Seulement voilà. L'un de ces livres, Al Manar at tarbia al islamiya, ne passera pas comme une lettre à la poste, provoquant la colère et l’indignation de plusieurs professeurs de philosophie. La cause ? Un texte d'un clerc musulman du 13e siècle, Ibn Salah Ach Chahrazouri, qui y présente la philosophie comme « contraire à l’islam » et comme « l'essence de la dégénérescence ». Du coup, l'Association marocaine des enseignants de philosophie (Amep) est montée au créneau pour dénoncer le caractère «dangereux» du manuel et appelle même à son retrait. Niet du ministère de tutelle qui déplore pour sa part un «procès d'intention », en parlant d’un extrait « sorti de son contexte ». L'objectif est d' «amener les élèves à faire des comparaisons entre les contenus de cette position décrite comme violente et des positions différentes qui considèrent que la raison et la pensée sont des outils pour aboutir à la vérité », explique le ministère. Or, un livre qui plus est scolaire, destiné à de jeunes apprenants, est censé être précis et clair loin de toute confusion de ce genre, de nature à jeter le trouble dans les esprits. Cette polémique n’avait surtout pas lieu d’être surtout après la réforme de l’éducation islamique décidée début 2016 par le Roi qui a débouché sur la révision de plusieurs manuels expurgés de toute incitation à la violence, au racisme ou à l’intolérance. Objectif : promouvoir un islam tolérant conformément aux principes du rite malékite adopté par le Maroc. Mais il semble que l’enseignement religieux diffusé dans le pays aussi bien via les mosquées que les écoles, a du mal à se soustraire complètement de l’emprise de la pensée wahhabite. Et ce malgré la stratégie de reprise en main du fait religieux par le souverain, notamment les mosquées et la formation des imams suite aux attentats de Casablanca en mai 2003 et la montée de l’extrémisme dans les rangs d’une bonne partie de la jeunesse marocaine. Or, le mal, qui mine le système éducatif national dans sa globalité, ne s’extirpe pas du jour au lendemain, tant l’école publique marocaine, toujours en attente d’une véritable réforme sans cesse différée, est depuis longtemps en déphasage par rapport aux vrais enjeux de l’époque. Faut-il rappeler que la crise cette école, qui ne suscite plus que désaffection et critiques, remonte aux années 80 lorsque le contenu de l’enseignement fut islamisé avant d’être arabisé ? Une hérésie que l’on doit à un certain Azzedine Laraki qui, alors ministre de l’Education nationale de l’Istiqlal, a supprimé des programmes les cours de philosophie puis de sociologie? A l’époque, sous le règne de feu hassan II, les idéologies de gauche, jugées menaçantes pour le régime, n’étaient pas bien vues. Et pour contrer ces dernières, rien de tel que d’encourager les mouvements islamistes- devenus aujourd’hui à leur tour mal vus - car la réflexion, l’esprit critique et la liberté d’expression étaient suspects et faisaient peur car porteurs de subversion… Cette arabisation des esprits doublée d’une islamisation des programmes, dépourvue de la moindre vision pédagogique, ne pouvait que porter en elle les germes de la baisse du niveau scolaire des jeunes marocains auquel tout le monde assiste actuellement. Une formation d’aliénation,- où la langue arabe n’est nullement en cause- qui implique une série de déficiences notamment d’ordre intellectuel qui vont évidemment au-delà des notes du bulletin scolaire. Le directeur des programmes au ministère de l’Education a beau philosopher en se vantant que le Maroc est un des rares pays à avoir réintégré la philosophie « comme discipline obligatoire pour tous les élèves, pendant les trois années du cycle secondaire », le système éducatif national continue à reproduire les travers qu’il a hérités des erreurs du passé. n
 
 
Abdellah CHANKOU

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