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Le migrateur
L’impossible équation libyenne
La menace permanente pesant sur la Libye du prétendu Etat Islamique (EI), connu sous le nom de Daech, est plus le résultat du désordre qui règne dans ce pays que de la puissance de l’organisation d’Abou Bakr al-Baghdadi. Instabilité politique, rivalité entre tribus, milices révolutionnaires armées jusqu’aux dents… Quatre ans après la chute et exécution de Mouammar Kadhafi, la Libye est en effet toujours un pays déchiré, fragile et au bord du chaos. L’Etat est aux abonnés absents et la notion de "nation libyenne" est totalement inexistante dans l'esprit des gens. La Libye est toujours divisée en deux. Deux gouvernements – chacun disposant de son parlement et sa propre armée– revendiquent le pouvoir. L’un, basé à Tripoli dans l’ouest, est soutenu par Fajr Libya (Aube de la Libye), une coalition de milices islamistes ; l’autre, basé à Tobrouk dans l’est et reconnu internationalement, est issu des élections de juin 2014. Une partie du territoire contrôlé par Fajr Libya est aujourd’hui disputée par l’EI, qui a pris pied l’an dernier en Libye. Comment ce pays en est-il arrivé là ? Après la mort du colonel en octobre 2011, le conseil national de transition (CNT) promet de créer un Etat pluraliste. En juillet 2012, une première élection démocratique permet de désigner les deux cents membres du conseil général national, qui remplace le CNT. Un gouvernement d’intérim, dirigé successivement par Abdel Rahim al-Kib et Ali Zeidan, est chargé de préparer une nouvelle constitution et d’organiser des élections législatives. Les milices, toutes-puissantes en Libye, ne se résolvent alors pas à se dissoudre et les institutions étatiques peinent à se développer. Les élections de juin 2014 voient l’échec des candidats islamistes. Ainsi, les combattants islamistes, alliés avec les brigades de Misrata et diverses tribus sous la bannière de l’Aube libyenne, terrassent durant l’été leurs rivaux laïques des milices de Zintan dans l’ouest libyen et s'emparent de la capitale Tripoli. L’Organisation des Nations unies (ONU) tente depuis des mois de rapprocher les deux autorités afin de constituer un gouvernement d’unité nationale. Si un accord devait être trouvé – ce qui est loin d’arriver –, cela ne se ferait pas sans un soutien international prononcé. Comme ailleurs dans le monde, le processus de paix devra passer par une instance de réconciliation. Quitte à revenir sur la loi d'exclusion politique, texte qui vise à bannir des institutions de l'Etat toutes les personnes qui ont tenu des postes à responsabilité sous les quarante-deux années du régime de Mouammar Kadhafi. En 2010, la Libye comptait 1,2 million de fonctionnaires. Une inconnue parmi pleines d’autres de l’équation libyenne dont la résolution paraît de plus en plus impossible…
Rachid WAHBI

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