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Confus de Canard
Le diktat des intermédiaires
Ce qui contribue à la vie chère au Maroc en érodant davantage le pouvoir d’achat du grand nombre de citoyens c’est la multiplicité des intermédiaires. Ceci est un fait qui se vérifie tous les jours notamment dans le marché des fruits et légumes, ces denrées dont le Maroc est pourtant producteur sont devenues hors de prix pour le citoyen lambda. Que la saison soit bonne ou pas, que la pluviométrie soit au rendez-vous ou non, les prix des tomates, carottes et autres oignons se maintiennent à un certain niveau qui reste rédhibitoire. Du coup, faire sa marmite quotidienne devant ce coup de chauffe permanent est en train de devenir un luxe pour les couches défavorisées. Or, bizarrement cette situation anormale ne semble pas interpeller le gouvernement censé être le garant de la protection du pouvoir d’achat des citoyens des phénomènes extra économiques qui contribuent au renchérissement du coût de la vie. Là où un débat entre producteurs, distributeurs et consommateurs s’impose pour comprendre les raisons objectives de cette envolée des prix des produits agricoles, les responsables agissent comme si les vrais problèmes de la population comptaient pour des prunes, dépensant l’essentiel de leur énergie dans des sujets futiles qui sont à mille lieux de la réalité de leur quotidien de plus en plus difficile Or, le panier de la ménagère peut être ménagé de manière significative pour peu que les décideurs prennent les mesures qui s’imposent pour combattre le phonème nuisible des intermédiaires qui s’enrichissent sans effort sur le dos du citoyen et de l’agriculteur. En raison de l’absence de circuits de distribution reconnus et organisés, ce dernier vend souvent sa récolte sur pied à des prix très modiques au premier spéculateur qui entreprend ensuite de la revendre à un autre après avoir prélevé sa commission pour se retrouver sur le marché à des prix astronomiques. Pourquoi ne pas penser à un dispositif où l’Etat, via un organisme spécialisé, se porte acquéreur des produits agricoles des paysans du moins les petits d’entre eux en se chargeant de les mettre directement sur les étals de marchés dédiés ? Ce dispositif, de nature à court-circuiter la multitude des intermédiaires, offre l’avantage de payer la production fellah à son juste prix et d’en faire bénéficier le consommateur final à des tarifs convenables. Le même système peut être appliqué au poisson qui est de moins en moins à la portée des bourses modestes alors même que le Maroc dispose de deux belles façades maritimes réputées poissonneuses. Livrer les Marocains à une bande de spéculateurs sans foi ni loi au nom de la loi de l’offre et de la demande ressemble dans ces conditions à une démission de l’exécutif par rapport à sa mission de contrôle des prix et de leur encadrement dans le sens qui permet une certaine régulation. Si c’était le cas, l’immobilier, secteur de spéculation par excellence, investi par n’importe qui faute de cahier de charges contraignant, aurait connu une évolution moins chaotique avec des fourchettes des prix au mètre carré définis à l’avance en fonction de la ville et du quartier d’implantation. L’enseignement privé n’aurait pas été transformé par une bande de promoteurs peu scrupuleux en machine à faire saigner les parents d’élèves. Le désordre sur fond de laxisme qui prévaut en maître dans plusieurs secteurs a favorisé dans des proportions inquiétantes le règne de l’amateurisme et de la fumisterie, encouragé par des gouvernants qui ne se donnent pas les moyens pour avoir une prise sur le réel. Force est de constater que le changement tant proclamé dans le discours politique reste figé au stade de slogans dès lors que le citoyen ne constate pas ce qui a changé dans son quotidien difficile. Bien au contraire. Tout flambe, rien ne baisse.
Abdellah CHANKOU

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